Dooa Eladl & Hani Abbas | Dessins pour la paix

12 février au 26 avril 2015

L’exposition

Kofi Annan, alors Secrétaire général des Nations Unies, et Plantu, journaliste caricaturiste au journal Le Monde, ont réuni, le 16 octobre 2006 au siège des Nations unies à New York, douze des plus grands dessinateurs de presse du monde autour d’un colloque intitulé «Désapprendre l’intolérance». Comme le souligne Plantu, même si « l’art dépasse tous les interdits, il faut être respectueux dans l’irrespect ». De ce colloque est née l’initiative « Cartooning for Peace / Dessins pour la paix », afin de promouvoir une meilleure compréhension et un respect mutuel entre des populations de différentes croyances ou cultures, avec le dessin de presse comme moyen d’expression d’un langage universel. Ainsi, depuis le lancement de cette initiative en 2006, de nombreuses expositions de dessins de presse ont été organisées. Cartooning for Peace permet la rencontre de caricaturistes professionnels de toutes les nationalités avec un large public, afin de favoriser les échanges sur la liberté d’expression ainsi que la reconnaissance du travail journalistique des dessinateurs de presse. Cartooning for Peace se propose d’apporter protection et assistance juridique aux dessinateurs de presse travaillant dans des contextes difficiles, ainsi que soutien et conseils dans l’exercice de leur métier.

La Fondation suisse Cartooning for Peace voit le jour en 2009 avec le soutien du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et l’Office des Nations unies à Genève. Co-fondée par les dessinateurs Patrick Chappatte, Jean Plantu et l’ancienne porte-parole de Kofi Annan, Marie Heuzé, la Fondation réunit également Frédéric Fritscher, Guy Mettan et Françoise Sampermans. Tous les deux ans, la Fondation remet le Prix international du dessinateur de presse avec la Ville de Genève. À l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, le 3 mai 2014, le Prix a été remis par Monsieur Kofi Annan, Président d’Honneur de la Fondation, à l’Égyptienne Doaa Eladl et au Palestinien de Syrie Hani Abbas. Ce Prix a pour objectif de mettre en valeur le talent, l’originalité et le courage d’un ou plusieurs dessinateurs de presse dont la carrière est marquée par un engagement exceptionnel en faveur des droits de l’homme, de la tolérance et de la paix.

La Maison du Dessin de Presse accueille du 12 février au 26 avril 2015 les deux lauréats du Prix 2014 pour une exposition d’environ 60 dessins. C’est l’occasion de faire découvrir à un large public le travail de ces deux dessinateurs. Leurs dessins témoignent d’un regard saisissant sur le contexte géopolitique de leur pays d’origine, animé d’un humour désarmant. Doaa Eladl et Hani Abbas disent par le dessin ce que les mots n’arrivent plus à exprimer.

En parallèle de l’exposition :

Projection du film Caricaturistes, Fantassins de la Démocratie. Un film de Stéphanie Valloatto, co-écrit par Radu Mihaileanu et présenté au Festival de Cannes 2014.

Dans le but de sensibiliser les écoles et les jeunes aux problématiques soulevées par le dessin de presse, des visites seront proposées au musée et un support pédagogique sera à disposition abordant les thèmes suivants :

– l’histoire du dessin de presse

– qu’est-ce qu’un dessin de presse?

– le rôle du dessinateur de presse

– la liberté d’expression et la censure.

Biographie

Doaa Eladl a travaillé comme dessinatrice pour le journal Al Dostor et pour Rose Al Youssef Magazine et Sabah El Kheir Magazine. Actuellement, elle publie ses dessins dans le journal indépendant Al-Masry Al-Youm où elle est la seule dessinatrice femme dans une équipe de quatre dessinateurs. Dans le domaine de l’illustration pour enfants, elle a notamment contribué avec Qatr El Nada, Alaa-ElDin et la Bassem Magazine. Elle utilise aussi les réseaux sociaux pour partager ses dessins. Actuellement, sur son compte Twitter, elle compte plus de 5 500 abonnés et sur celui de Facebook, elle possède plus de 12 200 amis.

Etant l’une des dessinatrices les plus connues en Égypte, Doaa est devenue une voix incontournable dans le monde journalistique de l’Égypte postrévolutionnaire. Néanmoins, ses débuts dans le dessin de presse n’ont pas été faciles. Ses collègues hommes avaient du mal non seulement à accepter la présence d’une femme, mais surtout à prendre au sérieux son point de vue en matière de politique. Malgré ces premiers obstacles, Doaa a continué son travail de dessinatrice et a commencé à conquérir, progressivement, les lecteurs des journaux qui, désormais, ne se posent plus la question de savoir si le dessin a été fait par une femme ou par un homme.

Dans un pays où le fait de dessiner le président et les autorités politiques et religieuses est souvent pris comme un blasphème, les dessinateurs doivent faire preuve d’ingéniosité pour contourner les interdits. Comme Doaa le souligne : « les dessinateurs connaissent très bien le risque qu’ils prennent en critiquant les autorités, certains vont l’assumer, d’autres préféreront fermer les yeux. » Elle a choisi la première voie : s’attaquer aux sujets les plus délicats de la société égyptienne qui sont l’influence politique des Frères musulmans, la situation des femmes, l’ère après-Moubarak et après-Morsi.

Lors du Printemps égyptien, les citoyens sortaient dans la rue pour manifester ; au Caire, ils se réunissaient à la place Tahrir. Comme les journaux n’avaient pas été publiés pendant quelques semaines, Doaa avait imprimé ses dessins et ceux de ses collègues pour les distribuer dans la rue aux manifestants. Même si Doaa incite souvent les gens à manifester et à participer à la vie démocratique de leur pays, elle ne souhaite pas qu’on la présente comme une héroïne.

Après les années Moubarak, les Égyptiens s’attendaient à une ouverture démocratique et à une liberté de presse plus en accord avec les valeurs que la révolution mettait en avant, mais ils se sont heurtés, dans certains cas, à une nouvelle forme de censure et de répression qui rappelle le régime du passé. Un dessin de Doaa a déjà fait l’objet de polémiques, car jugé blasphématoire. Le dessin, publié en 2012, avait pour thème le référendum sur le nouveau projet de Constitution. Il montrait Adam et Eve en compagnie d’un Égyptien avec des ailes qui leur dit « Si vous aviez voté « oui » au référendum, vous n’auriez pas été chassés du Paradis terrestre. La vie est une question de chance ! » Comme Adam est considéré par les Salafistes comme un prophète, il ne peut être représenté. Le secrétaire générale du Centre National pour la défense des libertés, Maître Khaled El-Masry, décide de porter plainte contre la dessinatrice et son journal.

Elle a reçu des menaces pour ses dessins qui dénoncent le fondamentalisme religieux et le harcèlement sexuel dont les femmes sont victimes.

Hani Abbas est un dessinateur de presse qui a choisi l’exil pour ne pas mourir comme plusieurs de ses collègues et journalistes tués ou torturés à mort par les services de sécurité syriens. Il est né en 1977 dans le vaste camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk près de Damas en Syrie.

En 1998, après des études supérieures en éducation et psychologie de l’enfant à l’Université de Damas, il commence à peindre et à faire du dessin de presse pour divers organes de presse qui le font remarquer et lui valent plusieurs titres en reconnaissance de son travail dont le second Prix mondial de la liberté de la presse à Doha (Qatar) en mai 2013.

Les ennuis ont commencé pour lui lors des élections présidentielles de 2007, date à laquelle il fait à la télévision Al-Arabiya un dessin critiquant la manière dont elles se sont déroulées en Syrie. Hani Abbas doit quitter le journal gouvernemental de Damas pour lequel il travaillait et devient alors freelance, proposant ses dessins à la chaîne de TV Al-Jazeera et à divers journaux, sites et magazines arabes.

Quand le 15 mars 2011 éclate la révolution syrienne, la télévision d’Etat, les journaux et medias gouvernementaux expliquent que toutes les informations relatives aux révoltes sont montées de toutes pièces et entreprennent une vaste opération de censure et de désinformation. Il est privé d’accès aux medias.

Obligé de quitter Damas à cause des menaces dont il fait personnellement l’objet, Hani Abbas se déplace vers le sud, à Daraa, où il travaille sous un autre nom pour la chaîne de TV Al-Jazeera. Le 22 août 2012, son plus proche collègue, le journaliste Musaab Said Al-Odaallah, est tué par les forces de sécurité du régime. Quelques jours plus tard, un autre de ses collègues disparaît et n’a plus donné signe de vie depuis.

Arrêté plusieurs fois par des agents en civil des services de sécurité, Hani Abbas est de nouveau menacé et interdit de quitter le pays en raison de ses dessins sur les atrocités commises par les forces gouvernementales qu’il poste sur Facebook et d’autres sites internet.

Apprenant en 2013 que le journaliste Ziad Arafa, un autre collègue très proche arrêté en 2012 avait été torturé à mort, Hani Abbas décide de quitter Daraa et la Syrie. Pendant plus de sept mois, il se cache avec sa femme et son fils de 5 ans, se déplaçant sous les bombardements et les tirs des forces rebelles et gouvernementales pour rejoindre le camp de réfugiés de Yarmouk. De là, il prépare sa sortie du territoire syrien et, profitant du chaos, il réussit à passer la frontière avec sa famille. Alors qu’il se trouve au Liban, son témoignage et ses dessins sont repris dans l’édition anglaise du journal Al-Hyatt, puis par la télévision Al-Jazeera et par le journal Al Nahar à Beyrouth: de nouveau menacé personnellement, il doit quitter le Liban, laissant sur place son épouse et son fils.

La Suisse a accordé le statut de réfugié politique à Hani Abbas. Depuis septembre, il dessine pour l’Hebdo.

    Illustrations

    Remerciements

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